Conférence de presse du ministre des Finances sur la situation dans l'Administration douanière : «Nous allons rétablir l'autorité de l'Etat sur la Douane aussi et casser cette organisation de captation des recettes de l'Etat », assure M. Massoudou Hassoum

Le ministre des Finances, M. Massoudou Hassoumi, a animé, hier matin, une conférence de presse motivée par la sortie médiatique du Syndicat national des Douanes (SNAD), elle-même consécutive à la nomination du nouveau Directeur général des Douanes.

Dans son intervention préliminaire, le ministre des Finances a rappelé que, dans le cadre de l'exercice normal de ces prérogatives, le Gouvernement a décidé de faire des nominations dans les emplois supérieurs de l'Etat, dont un nouveau Directeur général des Douanes. Suite à cela, a dit le ministre, le SNAD est sortie pour faire une déclaration dans laquelle «ce Syndicat rejette catégoriquement cette nomination et le principe même des réformes engagé par le Gouvernement et impose même que ce soit un douanier qui soit nommé Directeur général des Douanes ».

 

A son tour le ministre des Finances, M. Massoudou Hassoumi, a fustigé cette sortie qu'il a qualifiée de ''défi à l'autorité de l'Etat''. L'argument massue que fait prévaloir le SNAD pour rejeter cette nomination est leur Statut autonome. Mais dans sa réponse, le ministre Massoudou Hassoumi a rétorqué que l'article 164 de la loi 2013-31 du 4 juin 2013 portant Statut Autonome des personnels du Cadre des Douanes, auquel le SNAD fait allusion, dit ceci « les Inspecteurs Principaux (des Douanes) organisent, animent, orientent et contrôlent l'action des Services des Douanes. Ils ont vocation à occuper les emplois suivants...dont les Postes de Directeur général adjoint et Directeur général des Douanes». Le ministre des Finances estime que ce bout de phrase de leur Statut « vocation à occuper », même dans une interprétation juridique, ne veut dire ni plus, ni moins «qu'ils peuvent être nommés » ce qui est différent de«qu'ils doivent obligatoirement être nommés ».

Pour le ministre Massoudou Hassoumi, le Gouvernement a tout à fait le pouvoir de nomination aux emplois supérieurs de l'Etat, et les Douanes est un Corps à la tête duquel le Gouvernement peut nommer des douaniers, comme des non douaniers, tant qu'il estime que la personne qu'il nomme présente le profil qui cadre avec la mission, et surtout, qu'elle est à même de l'exécuter dans la loyauté aux règles de gestion d'une administration publique en préservant les intérêts de l'Etat.

«Tous les régimes, en fonction des circonstances, a dit le ministre, ont eu à nommer à la tête de la Direction générale des Douanes des douaniers comme des non douaniers ». Le ministre des Finances a expliqué que « la personne que le Conseil des ministres du jeudi dernier a nommée au poste de Directeur général des Douanes est certes un officier supérieur intendant de la Gendarmerie, qui a fait des études d'économie et des Finances, et qui a eu à accomplir, sous plusieurs régimes, des missions de gestion et d'assainissement à la satisfaction de tous. Ce n'est pas un politique. Les Nigériens ne le connaissent pas comme tel. C'est un cadre militaire capable d'accomplir la mission en toute rigueur et honnêteté à la tête de l'Administration douanière nigérienne ».

Or, a souligné le ministre Hassoumi Massoudou, «nous sommes dans une situation particulière qui appelle des mesures particulières ». Aujourd'hui, a-t-il expliqué, notre pays le Niger, à cause de ce qui se passe dans notre Administration douanière, est devenu presque le dernier en termes de mobilisation et d'encaissement des recettes douanières au profit de l'Etat. Pour illustrer le dramatique de la situation pour le Niger, le ministre a donné lecture d'un tableau qui donne les chiffres suivants en matière de prélèvements communautaires en 2016 pour les huit pays de l'UEMOA, soit 1% des recettes douanières de chaque pays: Bénin 9,5 milliards ; Burkina Faso 10,5 milliards ; Côte d'Ivoire 36,4 milliards ; Guinée Bissau 400 millions ; Mali 10,7 milliards; Niger 5,1 milliards ; Sénégal 18,9 milliards, Togo 6,4 milliards.

Et le ministre de faire le commentaire suivant «cela veut dire qu'à part la Guinée Bissau, un pays et qui a d'autres types de problèmes, nous sommes le dernier pays en termes d'encaissement par l'Etat des recettes douanières. Cela veut aussi dire que le Benin et le Burkina font chacun 2 fois mieux que le Niger ; le Sénégal 4 fois le Niger ; le Mali 2 fois le Niger ; le Togo 1 fois et demi le Niger et la Côte d'Ivoire plus de 7 fois le Niger. On devrait avoir honte de cette situation qui ne fait que se dégrader. Depuis que je suis là il y a moins d'un mois, ce que j'apprends chaque jour de la Douane et cela des quatre coins du Niger est encore plus grave. On m'appelle pour me dire que les douaniers ne travaillent que pour eux-mêmes. Quand les recettes arrivent, ils prennent 7 pour eux et 3 pour l'Etat. Comment voulez-vous qu'on continue comme ça ? Depuis qu'il est créé, il y a quelques années le Syndicat National des Douanes, se comporte en une organisation qui cogère avec tous les anciens DG et Secrétaires généraux des Douanes. Tout le monde fait partie de ce Syndicat, c'est une connexion ! Même le DG fait partie. C'est essentiellement une organisation pour défendre des intérêts particuliers, pour capter les ressources publiques et soustraire la Douane à l'autorité de l'Etat. Cela, nous ne pouvons pas l'accepter. Nous allons rétablir l'autorité de l'Etat sur la Douane aussi et casser cette organisation de captation des recettes de l'Etat. Ce que nous avons assigné comme mission dans ce Corps, c'est de sécuriser les recettes de l'Etat pour qu'elles servent exclusivement l'intérêt du peuple nigérien et réhabiliter l'image du douanier parce que beaucoup d'entre eux travaillent honnêtement», a souligné le ministre des Finances.

D'autre part, dans sa déclaration à la presse, le SNAD est allé jusqu'à faire des menaces à l'encontre du Gouvernement en disant qu'il est déterminé. A cela le ministre Massoudou Hassoumi a répondu que l'objectif du gouvernement n'est pas la recherche d'un affrontement avec tel ou tel syndicat, cependant, a-t-il estimé, dans ce qui ressemble à un défi à l'autorité de l'Etat et au devoir d'un gouvernement élu par les Nigériens, «nous sommes aussi déterminés dans l'intérêt du peuple nigérien».

A ce titre, il a clairement mis en garde les douaniers qu'ils sont avant tout et au regard de la loi et de la République, des agents qui ont des armes et l'uniforme de l'Etat et qu'ils doivent par conséquent et absolument se soumettre aux contraintes des autres Corps en uniforme. « De cela, nous allons en tenir compte », a dit le ministre.

Répondant à une question sur une affaire de bradage de containers de la SORAZ intervenue récemment et dans laquelle seraient trempés des Douaniers, le ministre a indiqué que cette affaire n'a pas de lien avec le départ de l'ancien Directeur Général des douanes, et que de toutes les façons, l'affaire en question quel que soient les personnes en cause, est aujourd'hui entre les mains de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA) et de la Justice. Ce n'est plus une affaire du Ministère des Finances, a dit M. Massoudou Hassoumi, ajoutant que ''tout celui qui est impliqué ira répondre de ses actes''.

Source : www.lesahel.orgMahaman Bako(onep)